Je commence cette série de portraits d’expatrié(e)s avec Stela, une brésilienne qui s’est expatriée en Italie, puis en France.
Elle nous raconte sa vision de l’expatriation, et ses découvertes. Merci Stela ! :)

Prénom : Stela
Âge : 45 ans
Métier : Coach professionnelle et de vie
Situation personnelle : mariée, 2 chats
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Pays d’origine : Brésil
Expatriée de Mai 2014 à Turin en Italie, et depuis janvier 2015 à Lyon, en France

Comment était ta vie avant l’expatriation ?

J’ai toujours voulu habiter à l’étranger mais, tout au long de mon parcours j’ai priorisé ma carrière dans le domaine du Marketing au Brésil et j’étais contente d’avoir un intense contact avec divers pays -via mon travail- sans forcément habiter à l’étranger. En 2013 j’ai fait une certification de Coaching Professionnel et de Vie et j’ai commencé à planifier un changement de carrière. Pendant deux ans j’ai continué de travailler comme dirigeante Marketing le jour et Coach le soir et les week-ends jusqu’au moment où j’ai définitivement quitté le Marketing.

Qu’est-ce qui t’a amenée à t’expatrier ?

Au début de 2014 mon mari, ingénieur, a eu une opportunité de s’expatrier en Italie. À ce moment-là j’ai décidé aussi de « tourner la page » et de me dédier à 100% au Coaching. C’est ainsi qu’en mai 2014 nous sommes partis à Turin, en Italie.

Depuis combien de temps vis-tu là et combien de temps comptes-tu rester ?

Son expatriation était planifiée pour deux ans mais, au début de la deuxième année nous avons décidé de rester en Europe. En tant que coach, j’ai travaillé avec mon mari pour rendre son profil attirant pour les entreprises européennes et nous avons fini par trouver un nouveau poste en France. En janvier 2015 nous avons déménagé à Lyon et nous y sommes encore, peut-être à jamais.

L’expatriation était quelquechose que tu voulais tenter ?

Oui, l’idée d’aller habiter dans un autre pays m’a toujours intéressée. Le monde est tellement grand….dans ma tête, cela serait dommage de rester au même endroit toute ma vie. J’ai toujours beaucoup voyagé mais l’expérience de vivre ailleurs est vraiment différente.

Comment se sont passés les préparatifs du déménagement ?

J’ai un tempérament à tout structurer. Donc, j’ai établi une check-list avec toutes les activités à mettre en œuvre, par secteur : documents à émettre, procédures pour emmener les chats, recherches et personnes à contacter dans le nouveau pays, etc. Puisqu’il s’agissait d’une expatriation professionnelle, on comptait sur une équipe pour nous aider avec les choses plus basiques : chercher un appartement et envoi des papiers d’immigration (et d’impôts). J’ai réussi à m’occuper des autres démarches parce que dès le début j’ai établi beaucoup de contacts, soit avec des personnes qui travaillaient dans la même société que mon mari, soit en profitant des premiers contacts qui étaient en train de s’établir. Trois mois avant de partir j’ai aussi commencé à suivre des leçons d’italien. Je savais que trois mois ne seraient pas suffisants, cependant je souhaitais arriver avec des bases.
Quand nous avons déménagé pour la deuxième fois – de l’Italie vers la France, nous avons pu compter avec une structure professionnelle encore plus efficace, où nous avons été soutenus sur des thématiques telles que le choix des prestataires (Mobile, TV, l’ouverture de compte bancaire, le changement du permis de conduire, etc).

Y avait-il des démarches particulières à faire/à prévoir pour ce pays ?

Pour aller en Italie nous avons porté attention aux chats : identifier avec attention quels étaient les documents et les procédures requis.

Peux-tu nous dire ce qui t’a le plus « choqué(e) » / sauté aux yeux à ton arrivée dans ce pays ?

Le choc principal a été la langue. Même avec mes trois mois de leçons, j’avais du mal à m’exprimer en italien. Pour les choses les plus simples, comme aller au marché, tout se passait bien. Mais, par exemple, quand j’ai dû me battre avec la société de téléphonie, parce qu’elle m’avait vendu le mauvais forfait….oh-la-la… se fut difficile et j’ai failli fondre en larmes. Après cette expérience, j’avais besoin de maîtriser la langue le plus vite possible, au moins pour pouvoir me débrouiller au quotidien.
En ce qui concerne le français, j’avais déjà un certain niveau quand je suis arrivée. Bien que je n’aie jamais utilisé le français au Brésil, je l’ai appris parce que mon nom de famille est français et j’ai toujours pensé que cela serait une honte de ne pas parler cette langue !

Comment t’es-tu intégrée ?

En Italie, comme le permis de travail a beaucoup tardé pour être émis, je ne pouvais pas travailler en tant que coach. Ainsi, j’ai cherché un bénévolat qui me permettait, en même temps, de connaître des gens et de pratiquer les langues : le français, l’anglais, l’espagnol, le portugais et, l’italien que j’étais en train d’apprendre. Pendant toute ma période en Italie, j’ai travaillé à l’office de tourisme de Turin, où je recevais des touristes du monde entier et je leur donnais des informations. Ici en France, au-delà du bénévolat (dans une maison de retraite et dans deux associations, avec du Coaching), j’ai rapidement commencé à travailler en tant que coach. Grâce à mon métier qui dépend énormément du réseau, je me suis toujours intéressée aux différents groupes associatifs. C’est grâce au bénévolat, que je m me suis rapidement intégrée.

Qu’est-ce qui a changé dans ta vie depuis que tu es expat’ ?

Je me rappelle toujours du premier voyage à l’étranger quand j’étais adolescente. J’ai dit à ma mère, qui était avec moi : « Maman, c’est incroyable qu’une même chose puisse être vue de manières différentes. La même chose est traitée d’une manière au Brésil et d’une autre manière en Espagne. Et les deux sont correctes ! C’est génial ! » Ce constat a été renforcé par mon expérience actuelle. Mon regard a définitivement changé : la vraie diversité c’est d’avoir différentes solutions possibles pour une même question. Une autre chose (un peu plus pragmatique) a aussi changé pour moi : au Brésil les services des femmes de ménage sont peu onéreux. En revanche, en Europe, c’est un service coûteux. Ainsi, j’ai dû apprendre à faire le ménage au quotidien moi-même, mais toujours avec l’aide de mon mari.

Comment as-tu réussi à concilier vie perso / expat / vie pro ?

Mon métier de coach me permet de travailler par Skype aussi. Comme ça, au-delà du travail en France, en face à face, je travaille à distance aussi, avec des personnes d’autres pays. Je peux travailler, donc, depuis n’importe où.

As-tu eu des inquiétudes, des moments de solitude ?

Je suis plutôt une personne qui apprécie les moments de solitude. En effet, ma vie actuelle me permet de vivre beaucoup seule, en ayant seulement les chats comme compagnie (surtout quand mon mari voyage). J’ai connu beaucoup de femmes qui ont eu du mal à gérer leurs moments de solitude. Je pense que le Coaching m’a aussi aidé à gérer ces moments. Je profite plutôt de la solitude pour mes réflexions et pour les études.

Quelles étaient tes peurs / envies / projets ?

Au début, c’était un peu difficile d’être à l’aise à la maison quand mon mari passait tout le temps à travailler – et à être le seul soutien de famille. Je me sentais un peu coupable de me promener en ville et, à la fin de la journée, de le recevoir à la maison et de le voir fatigué ou irrité à cause de son travail. J’avais ce sentiment même quand j’avais passé toute la journée à étudier ou à faire le ménage de la maison. Au bout d’un moment, j’ai eu un déclic : nous avions discuté cette situation avant; nous savions que ce serait comme ça pendant quelque temps. Pourquoi je me sentais quand même coupable ? J’ai initié une conversation avec mon mari pour lui exprimer mon ressenti et ses mots m’ont calmée. Il m’a rassurée en disant que, si tout allait bien pour moi, lui serait tranquille aussi. Et c’est vrai.

Qu’est-ce qui te manque le plus de ton pays d’origine ?

Mes parents et mes frères me manquent un peu mais, en effet, je parle plus avec eux (grâce à l’internet) que quand nous habitions dans le même pays. Le fait de pouvoir travailler dans ma propre langue me manque aussi un peu, parce que, bien sûr, c’est plus facile. Il y a une chose qui me manque beaucoup : une cuve d’eau (baquet à toilette) pour laver les chiffons de ménage, tapis, etc, au lieu de le faire dans le lave-linge. C’est presque impossible de trouver une maison en Europe avec cela !

Te vois-tu revenir dans ton pays d’origine un jour ?

Je ne saurais pas le dire. Pour l’instant, nous n’avons aucun désir de rentrer.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas manquer dans ton pays d’adoption ?

Je parle de la France :

– à manger – les fromages et les pains;
– à boire – du vin;
– à voir – les Alpes;
– à faire – participer à la fête des Lumières, à Lyon;
– à savoir – qu’il n’y a pas seulement Paris à visiter quand on vient en France. Des villes comme Lyon, Carcassonne, Avignon, Beaune et Strasbourg, parmi quelques-unes, valent la peine.

Quels sont tes conseils pour ceux qui souhaitent s’expatrier de manière générale ou dans ton pays d’adoption ?

Il y a tellement de chose à dire ! Mais je pense que les 3 principaux, selon mes recherches auprès d’autres expatriés, sont les suivants :
– apprendre au moins un minimum de la langue locale pour communiquer au quotidien et ne pas avoir honte de parler, même quand on ne parle pas très bien;
– attention à ne pas être entouré seulement de personnes de votre nationalité ;
– ne pas essayer de reproduire la maison et le mode de vie antérieur. C’est une autre réalité et elle vous apportera sûrement des belles choses aussi.

Comment as-tu appréhendé la langue de ton pays d’adoption ?

Il y a plus de 20 ans que j’ai suivi des cours privés de français au Brésil. Comme je ne l’ai jamais utilisé, j’ai fini par perdre beaucoup d’aisance. Maintenant je l’étudie avec un professeur et avec l’aide de mes anciens livres d’études.

T’y es-tu fait des amis ?

Oui, je m’en suis fait plusieurs. Certains à travers des réseaux associatifs (il y en a beaucoup à Lyon), certains à travers des réseaux sociaux (un pour les étrangers, l’autre pour des femmes brésiliennes).

Tu as d’autres choses à rajouter ?

Quand nous sommes temporairement dans un autre pays, nous avons tendance à mettre la vie « entre parenthèses ». On pense qu’on ne peut pas commencer des activités ou des projets car ils n’auraient pas d’avenir or c’est une pensée très dangereuse, parce que la vie est maintenant. Il faut essayer d’être très présent dans notre vie quotidienne parce que le temps passe très vite. La seule chose que nous avons est vraiment le présent.

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Un commentaire

  1. Alix - A tire d'Elle

    Sa dernière phrase me parle beaucoup !! Surtout ne pas mettre sa vie entre parenthèse mais bien vivre la vie au quotidien, sans attendre. Merci pour cette série de portraits d’expat, c’est top :)

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